Rentrée littéraire: un roman français écrit par une franco-coréenne et qui se passe en Russie. Un certain charme.

Vladivostok Circus, de Elisa Shua Dusapin.

A Vladivostok, dans l’enceinte désertée d’un cirque entre deux saisons, un trio s’entraîne à la barre russe. Nino pourrait être le fils d’Anton, à eux deux, ils font voler Anna. Ils se préparent au concours international d’Oulan-Oude, visent quatre triples sauts périlleux sans descendre de la barre. Si Anna ne fait pas confiance aux porteurs, elle tombe au risque de ne plus jamais se relever. Dans l’odeur tenace d’animaux pourtant absents, la lumière se fait toujours plus pâle, et les distances s’amenuisent à mesure que le récit accélère.

Dans ce troisième roman, Elisa Shua Dusapin convoque son art du silence, de la tension et de la douceur avec des images qui nous rendent le monde plus perceptible sans pour autant en trahir le secret.

biographie

Née en 1992 d’un père français et d’une mère sud-coréenne, Elisa Shua Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy. Diplômée en 2014 de l’Institut littéraire suisse de Bienne (Haute Ecole des Arts de Berne), elle se consacre à l’écriture et aux arts de la scène.

L’auteure parle de son livre sur You tube.

 

Rentrée littéraire: Canada: un NDN queer: peuples premiers, sexe, une histoire de « Two spirits ».

Jonny Appleseed · Joshua Whitehead

Je l’avais posé en évidence sur ma console car je le trouvais beau mais je n’avais jamais pris le temps de le lire. Chose faite Comment ai-je pu attendre si longtemps ?

Il m’aura fallu deux ans avant de rencontrer Jonny Appleseed, un NDN (indian / indien). Jonny a quitté la réserve Peguis (Cree/Ojibwé) pour s’installer dans un quartier malfamé de Winnipeg, comme des centaines d’autres avant lui. Jonny ne pouvait plus rester là-bas, car il est queer. Depuis qu’il est né, Jon préfère les robes, le maquillage à la chasse et aux jeux de garçons.

Devenu la risée de l’école, il a quand même réussi à s’assumer et à ne jamais cacher sa sexualité. Il aime danser et se maquiller. S’il a résisté, c’est principalement grâce à sa Kokum (grand-mère), une femme intelligente, vive, drôle et très forte. Elle l’a toujours aimé et protégé. Et a toujours accepté sa différence en le surnommant Jonny “Two-Spirits” (lui qui possède deux esprits). Le jeune garçon a très tôt recherché à en apprendre plus sur sa sexualité. Élevé par sa mère instable, alcoolique, mais aimante, il n’a pas connu son père, mort très jeune dans un incendie. Et si son beau-père Roger a de bons côtés (il aime cet étrange garçon), il n’accepte cependant pas que celui-ci montre des signes de féminité.

L’autre point d’ancrage dans la vie de Jonny à la réserve, c’est son meilleur ami, Tias, son double. Son amant. Car les deux garçons sont inséparables, et à l’adolescence ils ont découvert que leur amitié allait au-delà, même si Tias aime aussi les filles et n’avoue jamais à voix haute sa bisexualité.

Jonny part s’installer à Winnipeg après la mort de sa grand-mère. Il survit en vendant ses charmes (prostitué sur le net – le fameux cybersex), il a beaucoup de clients, des indiens et des Blancs qui fantasment sur les “Indiens“. Il collectionne aussi les rencontres d’un soir. Jonny ne cesse de repenser à sa vie d’avant, à sa Kokum, à sa culture. Il aime profondément être NDN. Ils ont leur propre de manière d’appréhender la vie, le temps qui passe. Il aime les histoires que lui racontaient sa Kokum, leur lien à la nature et puis leur humour. Ils adorent se moquer des autres. Il aime bien se moquer des Blancs qui fantasment sur leur culture. Tias est venu le rejoindre et lui présente bientôt une fille de la réserve que Jonny jalousait. Les trois jeunes gens ne se quittent plus. Mais un jour, il reçoit un appel de sa mère, son beau-père vient de décéder brutalement et elle veut qu’il revienne à la maison.

Le livre est sans tabou, sans filtre. Tout y est : la découverte de sa sexualité, les scènes de sexe nombreuses et parfois très crues, les pensées les plus tordues mais tout cela est noyé sous l’amour immense de Jonny pour les siens, ses proches, sa famille, sa réserve. J’ai adoré ce livre. Un cri d’amour incroyable. Magnifique. Il vous emporte comme un tsunami. Pas de misérabilisme mais au contraire un vent moderne qui vous montre l’autre Canada.

Le recul de Jonny sur son existence, sur sa condition est impressionnant. Un énorme coup de coeur pour ce livre qui ne va plus jamais me quitter. Les mots de Joshua Whitehead sont une musique, qui prend des airs d’opéras puis de rap, pour revenir à une douce musique et dans ma tête se bousculent plein d’images, en particulier celle de ce petit garçon dans les bras de sa grand-mère.

Les mots indiens défilent dans le livre – et les remerciement à la fin vont à plein d’auteurs autochtones que j’aime (Katharine Vermette, Chérie Dimaline, Richard Van Camp). Et cerise sur le gâteau, le roman a été traduit en français par une maison d’éditions québécoise, Mémoire d’Encriers. Il faut cependant le commander en ePub ou en broché sur leur site. Si un éditeur français pouvait le distribuer à son tour …

Cette lecture rentre évidemment dans mon challenge #nationindienne mais également dans mon challenge Canada avec l’Etat du Manitoba.

Comment peut-on dire autant de choses en si peu de pages? Le MUST de cette rentrée littéraire:

Impossible, de Erri de Luca.

Impossible

[Impossibile]

Trad. de l’italien par Danièle Valin

Collection Du monde entier, Gallimard
Parution : 20-08-2020

Rentrée littéraire: Lubéron. Un orage éclate. Une fontaine surgit du fond des âges. Magique!

Le dit du mistral, de Olivier Mak-Bouchard.

Le Dit du Mistral

Olivier Mak-Bouchard

Après une nuit de violent orage, un homme voit toquer à la porte de sa maison de campagne Monsieur Sécaillat, le vieux paysan d’à-côté. Qu’est-ce qui a pu pousser ce voisin secret, bourru, généralement si avare de paroles, à venir jusqu’à lui ? L’homme lui apporte la réponse en le conduisant dans leur champ mitoyen : emporté par la pluie violente et la terre gorgée d’eau, un pan entier d’un ancien mur de pierres sèches s’est éboulé. Or, au milieu des décombres et de la glaise, surgissent par endroits de mystérieux éclats de poterie. Intrigués par leur découverte, les deux hommes vont décider de mener une fouille clandestine, sans se douter que cette décision va chambouler leur vie.
S’il se nourrit des œuvres de Giono et de Bosco, Le Dit du Mistral n’est pas un livre comme les autres. C’est le début d’un voyage, un roman sur l’amitié, la transmission, sur ce que nous ont légué les générations anciennes et ce que nous voulons léguer à celles à venir. C’est un récit sur le refus d’oublier, une invitation à la vie où s’entremêlent histoires, légendes et rêves. C’est une fenêtre ouverte sans bruit sur les terres de Provence, la photographie d’un univers, un télescope aimanté par les dieux.
L’illustration de couverture a été réalisée par Phileas Dog

Rentrée littéraire: mais comment être libanais et vouloir visiter Israël?

Beyrouth entre parenthèses, de Sabyl Ghoussoub.  Pas si simple, même avec un passeport français!

BEYROUTH ENTRE PARENTHÈSES
Sabyl Ghoussoub • L’Antilope • 20 août
Après le très remarqué Nez juif en 2018, Sabyl Ghoussoub signe un deuxième roman drôle et attachant. Un jeune photographe franco-libanais, qui n’aurait jamais dû aller en Israël, subit durant plusieurs heures un interrogatoire musclé à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Le ton d’abord caustique laisse place à une autodérision qui monte en gravité. Ce roman pose des questions essentielles sur les relations libano-israéliennes avec une sensibilité qui s’affirme à mesure que le héros se retrouve à l’air libre.