Rions un peu: le métier de libraire:

vu par un des personnages du « Cercle littéraire des éplucheurs de patates », de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows:

« J’adore faire les librairies et rencontrer des libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour de l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible.
Il ne reste que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser, et l’idée d’avoir la primeur des nouveaux livres. »

(L’histoire se passe dans les années 40!)

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« La religion, c’est ce qui empêche le riche d’être assassiné par le pauvre. C’est Napoléon qui a dit ça. Pas mal, de la part d’un futur dictateur ». Le 33ème mariage de Donia Nour, d’Hazem Ilmi.

Egypte, 2025. Le pays est divisé en 3 parties: le Sud, où de quasi esclaves ( » éléments moralement et socialement non conformes » ) s’acharnent à exhumer les restes impies des pharaons, le Centre, où les fonctionnaires sont payés à compter les multiples prières obligatoires qui  assureront à tous le paradis, ( Ministère des stratégies de rédemption) et le Nord, où vivent les oligarques.

Donia Nour, violée dès son plus jeune âge, en est à son 32ème mariage d’une nuit, charia compatible, pour réunir suffisamment d’argent pour s’évader.

Ostaz, professeur de philosophie dans les années 50 ( » Musulman de naissance mais garçon instruit » ) est enlevé par des extra terrestres et se retrouve dans son pays une bonne centaine d’années plus tard.

Sous couvert d’anticipation, l’auteur égyptien se livre à une critique virulente de la confiscation de la religion par une caste de profiteurs, à l’asservissement du peuple et à la soumission des femmes. C’est un vrai roman, imaginatif, drôle parfois. Un mélange d’Orwell et d’Huxley, mais typiquement égyptien.

Extraits: Une fois qu’elle eut acheté son ticket, l’automate l’informa que le prochain train passerait dans 4 minutes. Si Dieu le veut, ajouta-t-il.

La conviction première du gouvernement était que rien ne tranquillise plus efficacement les êtres humains qu’une consommation ininterrompue. Zulkheir connaissait Karl Marx, et il savait qu’il avait tout faux. L’opium du peuple, ce n’était pas la religion, mais la consommation. Si le système parvenait à lier les deux, alors la drogue obtenue ne perdait nullement son effet avec le temps. Elle provoquait une irrésistible dépendance. A vie.

 

Un recueil plein de fantasy:

Le rhinocéros qui citait Nietzsche, de Peter Beagle. Folio SF.

« Une enfant bien élevée », commenta le rhinocéros. On en voit si peu ici. La plupart d’entre eux passent leur temps à lancer des projectiles. »

La bouche sèche, la voix tremblante mais contenue, le professeur Gottesman demanda avec prudence: » Dîtes-moi, si vous le voulez bien…Tous les rhinocéros peuvent-ils parler ou est-ce réservé à l’espèce indienne? » Il regretta amèrement d’avoir oublié son calepin.

« Je n’en ai aucune idée », lui répondit le rhinocéros avec candeur. Moi-même je suis une licorne. »

 

Extrait d’une autre nouvelle, Lilas le loup-garou.

Le héros vient de retrouver son chien égorgé.

« La cafetière chuintait toujours quand il revint dans l’appartement: il trouva cela extrêmement curieux. Des loups-garous et des percolateurs en Pyrex pour 9 tasses pouvaient sans doute exister séparément, mais avoir les deux en même temps paraissait incongru. »

 

 

 

 

Parfois sordide, parfois terriblement émouvante, souvent drôle et surtout REMARQUABLEMENT écrite : Crapalachia,( traduction: Cacappalaches) biographie d’un lieu: une espèce d’autobiographie

de l’Américain Scott McCLANAHAN, aux éditions Cambourakis.

« En tout, ils étaient treize. Les gamins avaient tous des noms qui se terminaient par des sons en Y. Il y avait Betty et il y avait Annie, il y avait Stirley et il y avait Stanley, il y avait Leslie et il y avait Gary, il y avait Larry et il y avait Terry.

« J’aime les noms qui se terminent en I », m’a dit Ruby.

Ils ont tous grandi en Virginie-Occidentale à Danese, à manger des mûres pour le petit déjeuner et à manger des mûres pour le déjeuner et à regarder la neige passer sous la porte en hiver. Bordel de merde qu’est-ce qu’y fait froid. »

Pas encore de critiques en français, mais celle du New-York Times très juste.